L'allergie aux arachides : symptômes et solutions. - Alimentation, Santé et Bien être

L’allergie aux arachides : symptômes et solutions.

L’allergie aux arachides en chiffres

L'allergie aux arachides en chiffres

L’arachide est une légumineuse très courante qui se consomme sous différentes formes (graines, huiles, beurre) et se retrouve dans de nombreux aliments du fait de ses excellentes qualités nutritives (céréales, pains, lait, yaourts, boissons, sauces…). Malheureusement, cette ubiquité n’est pas sans conséquence, puisqu’elle figure au second rang du classement des aliments responsables d’allergies au niveau mondial. Ces dernières toucheraient entre 0,5% et 0,7% de la population française, et près d’1 % de la population nord-américaine. Une prévalence, déjà élevée, qui s’accroît chaque année et confirme que l’allergie à l’arachide constitue un véritable problème de santé publique. En effet, des réactions graves, voire même fatales, peuvent se produire à n’importe quel âge à la suite d’une exposition à ces graines, connues aussi sous le nom de cacahuètes. Ainsi, près de 90% des décès liés aux allergies alimentaires lui sont imputables.

L’allergie alimentaire est souvent confondue avec l’intolérance alimentaire, or il s’agit de deux phénomènes bien distincts. Le premier cas est causée par une réaction du système immunitaire à la protéine d’un aliment . Une infime quantité du produit peut suffire à déclencher une allergie grave. En revanche, l’intolérance alimentaire est due à une réaction métabolique : il peut s’agir par exemple d’enzymes qui ne remplissent pas leur fonction digestive correctement (intolérance au lactose). D’ordinaire, les symptômes touchent le tractus gastro-intestinal et, quoique désagréables, ils ne mettent pas la vie en danger.

L’allergie aux arachides : les mécanismes

L'allergie aux arachides : les mécanismes

La réaction allergique se déroule en deux phases distinctes, séparées dans le temps.

1. Phase de sensibilisation

Lors du tout premier contact avec l’arachide, se produit un phénomène silencieux, que l’on appelle la sensibilisation. La pénétration du nouvel aliment dans l’organisme induit la production d’anticorps spécifiques (les immunoglobulines E) par des cellules immunitaires (les lymphocytes B). Une fois produits, les anticorps vont se fixer sur la surface des mastocytes, des cellules riches en histamine. Cette étape correspond à une phase de sensibilisation : l’organisme est prêt à déclencher une réaction allergique quand l’arachide se présentera à nouveau.

L’une des particularités de l’arachide est sa sensibilisation précoce. L’âge de détection des sensibilisations et des allergies alimentaires a lieu de plus en plus tôt. D’après une étude, l’allergie à l’arachide débute avant l’âge de 3 ans dans 55% des cas et avant celui de 1 an dans 17% des cas. Chez les enfants de moins de 2 ans qui n’ont pu consommer de l’arachide sous des formes traditionnelles, il faut donc invoquer d’autres voies et modes de sensibilisation :

–    Laits infantiles contenant de l’huile d’arachide
–    Vitamines en solution huileuse
–    Crèmes et onguents, par contact cutané direct ou indirect.
–    In utero, plus précisément à partir du 4ème mois de grossesse

2. La phase de réaction

Plus tard, lors de contacts ultérieurs avec le même produit, a lieu la phase de déclenchement de la réaction allergique avec manifestation des symptômes cliniques. Ceux-ci  sont principalement dus à la libération de l’histamine par les cellules effectrices de l’allergie que sont les mastocytes. Il n’y a pas de lien de proportionnalité entre la dose ingérée et la réponse immunitaire : des chocs graves sont parfois déclenchés par l’ingestion de traces très faibles de l’arachide, notamment lorsqu’elle a été ajouté dans certains produits à des fins technologiques ou nutritives.

Toutes les molécules de l’arachide ne déclenchent pas une telle réaction immunitaire : seules certaines protéines constitutives de l’aliment en sont responsables. Jusqu’à aujourd’hui, on a pu en identifier 7, mais deux d’entre elles sont identifiés chez la majorité des personnes allergiques : Ara h1 et Ara h2.

La dose protéique pouvant provoquer des symptômes allergiques est très faible : de l’ordre de 100μg. C’est pourquoi la moindre contamination croisée peut être dangereuse pour l’individu sensibilisé. Une étude a montré que la dose de cacahuète susceptible d’entraîner une réaction chez 10% d’une population d’allergiques était de 14,4 mg, soit l’équivalent d’1/50 ème d’arachide !

L’allergie aux arachides : les symptômes

L'allergie aux arachides : les symptômes

Les réactions allergiques aux aliments se manifestent généralement dans la demi-heure suivant la consommation de l’arachide.  Ces manifestations plus ou moins sévères peuvent apparaître par ingestion, et plus rarement par manipulation ou inhalation. La personne allergique peut présenter seulement un symptôme, mais le plus souvent, il existe une association de symptômes impliquant différents organes :

a)    Réactions cutanées

L’angio-œdème, l’urticaire aiguë (démangeaison, éruption et enflure) et les rougeurs cutanées sont des réactions fréquentes, tout comme la dermatite atopique, symptôme classique, en particulier chez l’enfant. L’œdème représente la forme sous-cutanée de l’urticaire. Lorsque le larynx est atteint, il peut entraver la respiration et provoquer une asphyxie.

b)    Réactions respiratoires

Des difficultés à respirer, à avaler ou à parler surviennent fréquemment, tout comme l’apparition d’une toux et d’une voix rauque. Ces symptômes sont caractéristiques de l’asthme ou de la rhinite. L’existence d’un asthme chez un patient allergique à l’arachide constitue un facteur de risque de la survenue de réactions allergiques mettant en jeu un pronostic vital.

c)    Réactions gastro-intestinales

Les douleurs abdominales, vomissements et diarrhées sont des symptômes classiques mais pour lesquels il sera difficile de reconnaître l’allergie.

d)    Réactions généralisées : l’anaphylaxie

L’anaphylaxie est la manifestation allergique la plus grave : le risque létal est évalué de 0,65 à 2%. Elle débute souvent par de des symptômes cutanés puis, apparaissent rapidement des signes généraux (malaise, faiblesse, perte de conscience ou confusion), respiratoires (dyspnée, bronchospasme) et cardiovasculaires (hypotension, tachycardie).

Il semble que les symptômes s’aggravent chez 60% des patients allergiques lors de réexpositions accidentelles. Quoiqu’il en soit, il est très difficile de prévoir la gravité d’une allergie à l’arachide. Une personne peut avoir une réaction sévère la troisième fois qu’elle va manger une arachide, alors que pour une autre, ça sera la première.

Comment la détecter ?

Comme l’arachide est omniprésente, il est souvent difficile de faire le lien entre son ingestion et les symptômes apparues. Au moindre soupçon, il convient d’en parler au médecin de famille qui prendra note des circonstances dans lesquelles la réaction s’est produite, et dirigera vers un allergologue si les soupçons semblent fondées.  Les tests disponibles pour déceler cette allergie incluent les tests cutanés et les tests sanguins recherchant les anticorps (Immunoglobines E) spécifiques aux arachides. En cas de nouveau doute, un test de provocation sera également envisageable.

Le chercheur Simonte et ses collaborateurs ont récemment estimé qu’au moins 90% des personnes allergiques aux arachides ne contractaient pas de réaction généralisée ou respiratoire lors d’une exposition accidentelle par le toucher ou par inhalation[2]. De quoi rassurer (un peu) les parents des enfants concernés.

L’allergie aux arachides : les solutions

L'allergie aux arachides : les solutions

L’allergie aux arachides est encore aujourd’hui une maladie incurable : il n’existe aucun traitement capable d’empêcher la réaction allergique de se produire.

L’éviction de l’arachide

La seule stratégie possible est l’éviction du produit de l’environnement de la personne. C’est une solution pénible et souvent difficile à appliquer : on estime que le patient moyen présentera une réaction clinique tous les trois à cinq ans à la suite d’une exposition accidentelle à l’arachide. Pour la mener avec succès, il faut être extrêmement rigoureux et respecter les consignes suivantes :

– Lire attentivement toutes les étiquettes (et détecter notamment la mention « pouvant contenir des traces d’arachide ») ;

– Connaître les différents noms du produit (cacahuète, arachide, pois de terre, pinotte au Québec…);

– Apprendre aux enfants atteints à ne manger que des aliments qui viennent de la maison, ou demander à un adulte responsable si l’aliment est sécuritaire ;

– Informer l’environnement de la personne allergique (parents, amis, école, personnel des restaurants, professeurs, etc.) ;

– Porter attention aux sources potentielles de contamination croisée (partage d’ustensiles au restaurant, mélange accidentels de produits pendant la cuisine, …).

Que faire en cas de déclenchement de l’allergie ?

En cas de symptômes suspects (urticaire ou enflure légère par exemple), il faut surveiller très attentivement et envisager l’administration d’un anti-histaminique (Benadryl, par exemple). Si les symptômes sont plus graves et si leur origine ne laissent pas de place au doute, la meilleure médication est l’injection d’épinéphrine (adrénaline) dans le muscle de la cuisse ou de la fesse. Les personnes allergiques à l’arachide se sont normalement vu prescrire un dispositif qui permet l’auto-administration de cette substance. Il est donc très important de l’avoir toujours sur soi car elle n’est véritablement efficace que dans l’heure qui suit la réaction allergique.

Les dispositifs pour contourner l’allergie sont donc très contraignants, mais une étude a récemment éclairci le ciel des enfants atteints : Fleischer et ses collaborateurs ont estimé à l’issue de celle-ci que 23,3 % des enfants allergiques aux arachides verraient leur allergie disparaître avec le temps. D’où la pertinence de consulter régulièrement l’allergologue, après un diagnostic initial d’allergie aux arachides chez un jeune enfant.

L’allergie aux arachides : la prévention

L'allergie aux arachides : la prévention

Les protéines contenues dans les arachides sont certes responsables dans le développement de ces allergies, mais elles ne sont pas les seules. Des prédispositions biologiques peuvent s’avérer un facteur décisif. D’après des statistiques avancées par l’Association québécoise des allergies alimentaires, un enfant a 30 % de risque de souffrir d’allergies si un de ses parents est lui-même allergique. Ce taux grimpe même à 80 % si les deux parents en sont affectés.

La période pré-natale décisive ?

De nombreuses études se sont également penchées sur la responsabilité de certains facteurs dans la contraction de cette allergie. Même si celles-ci ne sont pas unanimes, il semble bien que la période pré-natale soit décisive. Ainsi, la consommation d’arachides par la mère durant la grossesse serait associée avec une sensibilisation chez l’enfant prédisposé génétiquement à l’allergie.

D’autres études ont montré le lien entre la phase de sensibilisation et les contacts antérieurs avec des préparations topiques contenant de l’huile d’arachides. Il est donc recommander d’éviter les crèmes de ce type pour les enfants en jeune âge.

En revanche, les chercheurs ne parviennent pas à s’accorder sur les conséquences d’une consommation (à des doses minimes) d’arachides en bas âge. Si pour certains, elle est associée à une prévalence minime d’allergie, pour d’autres, elle augmenterait les chances de sensibilisation.

L’allergie aux arachides : les perspectives thérapeutiques

L'allergie aux arachides : les perspectives thérapeutiques

En France, un projet scientifique au sein du laboratoire PharmaDev a récemment vu le jour pour travailler à l’élaboration de cacahuètes anti-allergisantes. Le principe est simple : rendre la protéine responsable de l’allergie inoffensive en la déstructurant. Au moyen d’un traitement de choc à base de température très élevées, puis d’une utilisation de probiotiques (des enzymes qui découpent la protéine en morceaux), les chercheurs sont parvenus à neutraliser jusqu’à 95% des agents allergisants. Une avancée intéressante, mais qui ne permet pas encore de garantir l’innocuité de l’arachide. Pour autant, il paraît envisageable de trouver ces produits sur les étalages des supermarchés dans les années à venir. Aux Etats-Unis, des chercheurs réfléchissent également au moyen de rendre les arachides inoffensives, mais par la voie des OGM.

Par ailleurs, des traitements expérimentaux ont vu le jour, notamment l’immunothérapie orale. Elle consiste en l’administration d’une certaine quantité d’allergène causant problème. La quantité administrée augmente graduellement jusqu’à ce qu’une dose de maintien soit atteinte. En exposant graduellement et régulièrement le système immunitaire à un allergène qui cause problème, il développe alors une tolérance à celui-ci. Cette thérapie est prometteuse mais n’est pas encore parfaitement maîtrisée : elle reste à l’état expérimental, notamment pour étudier les risques possibles.

Source : passeportsante.net

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