La bonne méthode pour gérer son stress au travail.

Dossiers qui s’accumulent, délais raccourcis… un jour, on craque. Le “coping” propose d’affronter le stress plutôt que de le subir. En instaurant une juste distance entre le travail et soi, cette stratégie d’auto analyse fait tomber la pression.

Même si 72 % des salariés souffrent de stress comme l’annonce le dernier sondage CSA, il n’est pas une fatalité. Présenté comme une calamité sociale par les médias, ce mal des temps modernes peut être endigué de façon individuelle. N’attendons pas des entreprises qu’elles nous apportent des solutions miracles pour éradiquer toutes les sources de tension. Ce ne serait pas réaliste. Comptons plutôt sur ce que les spécialistes appellent le « coping » (de l’anglais « to cope with » : « faire face à »). Il s’agit d’une stratégie personnelle que nous développons tous pour gérer notre stress. Appliquée de façon plus ou moins efficace, nous pouvons l’optimiser et en faire un atout pour lutter contre les pressions incontournables de l’entreprise.

Prenez conscience de vos propres évaluations

Notre supérieur hiérarchique ne nous donne aucun signe de reconnaissance ; un dossier arrive et nous n’avons pas le temps de le traiter ; notre chef de service nous fait une critique sur notre travail ; un usager nous insulte ; un collègue ne nous adresse plus la parole : la manière dont on va évaluer ces événements fait la différence sur toute la mécanique du stress.

Cette évaluation, ces représentations des événements sont le fruit de notre histoire personnelle et de nos propres diktats : « Il faut que je sois parfait » ; « Les gens doivent toujours m’aimer » ; « Je dois réussir tout ce que j’entreprends » ; « Montrer que l’on ne comprend pas est un signe de faiblesse » ; etc. Certaines personnes bénéficient de mécanismes d’évaluation beaucoup plus performants que d’autres. Des études ont été faites auprès de caissières de supermarchés. Face à un client agressif, l’une pensera : « Je ne suis pas un chien. Il n’a pas le droit de me parler comme ça, ce n’est pas de ma faute. » Une autre se dira : « En fait, ce n’est pas à moi qu’il s’adresse, mais à la première personne qu’il rencontre. » A une situation identique, deux évaluations différentes. La première caissière, se sentant personnellement atteinte, résistera moins bien à la pression de la clientèle que la seconde. Le problème, c’est que ces représentations, loin d’être le fruit d’un raisonnement élaboré, sont automatiques. Nous sommes programmés, en quelque sorte ! Plus elles sont perturbées, plus nous souffrons. Et elles le sont souvent par des attentes irréalistes : vouloir que notre patron ne nous adresse que des compliments, que nos collaborateurs soient irréprochables, qu’il n’y ait aucun embouteillage sur notre chemin, etc. Elles peuvent l’être également par des interprétations erronées. Si un collègue nous contredit, ce n’est pas forcément qu’il veut nous déstabiliser, mais que le sujet l’intéresse et qu’il souhaite en discuter. Si notre supérieur hiérarchique ne nous dit pas bonjour, il ne nous fait pas obligatoirement la tête ; pris dans ses pensées, il ne nous a peut-être tout simplement pas vu.

Dédramatisez

Nous rendons souvent les événements plus graves qu’ils ne le sont. Aux cadres qui ont peur d’être licenciés, Eric Albert, psychiatre, fondateur de l’Institut français de l’anxiété et du stress, demande :
« Vous serez licencié, et alors ? »

– Je n’aurai plus de ressources, répond le cadre angoissé.
– Et alors ? poursuit le psychiatre.
– Je ne pourrai plus faire face à mes charges.
– Et alors ?
– Je me retrouverai SDF sous les ponts. »

Mais n’existe-t-il pas d’étapes intermédiaires entre le licenciement et vivre sous les ponts ? Comme les allocations chômage, un emprunt à la famille, un emploi « alimentaire » avant de retrouver celui qui conviendra ?

Gérer son stress, c’est prendre conscience du décalage entre nos représentations et la réalité. Et agir pour cela de façon individuelle ne veut pas dire agir seul. L’auto analyse est particulièrement difficile quand notre état de tension ne nous permet plus de réfléchir objectivement. Il n’est pas question ici d’analyses aux longs cours mais d’approches comportementales. Des cabinets de conseil proposent des stages de gestion de stress ou du coaching pris en charge dans le budget de formation de l’entreprise.

Appréciez votre valeur professionnelle

Identifier nos mécanismes de défense face au stress ne suffit pas pour lutter contre les tensions quotidiennes en entreprise. Se relaxer, dominer son anxiété non plus. Il faut s’armer autrement et la connaissance de ses droits peut être un fabuleux outil d’affirmation de soi. Si l’on est capable de dire : « Cela ne rentre pas dans mon champ de compétences ou dans mes attributions », on se fait respecter et la pression tombe. Savoir ce que l’on vaut sur le marché du travail est également une magnifique protection contre toutes les critiques négatives. Alors, restons sans cesse sur le départ, en recherche d’emploi permanente, notre CV à jour. Cela évite la peur du licenciement. Cessons surtout d’attendre de notre travail la satisfaction de nos besoins affectifs, intellectuels, physiques et sociaux. Ne faisons pas du domaine professionnel une fin en soi, mais une aide pour réaliser notre projet de vie et un moyen de plus pour être heureux.

Reconnaître les facteurs de stress

« L’entreprise est une mauvaise maîtresse, ironise Patrick Légeron, psychiatre. Elle est exigeante, nous demande de tout sacrifier pour elle. Si on a une famille, des amis, elle nous le reproche. Et elle peut nous plaquer à tout moment. » Pour résister, identifions ses exigences.

– La charge de travail amplifiée par la pression du temps.
– La performance inscrite dans les valeurs d’entreprise : le zéro défaut, la qualité totale, l’excellence, etc.
– Les mises au placard, même doré, font des ravages.
– L’absence ou la mauvaise définition d’un poste favorise l’incertitude.
– La nouveauté : fusions, réorganisations, nouvelles procédures et, bien sûr, nouvelles technologies.
– La frustration : les organisations actuelles nous obligent souvent à abandonner des projets en cours de route. Ce sont de vrais renoncements émotionnels.
– Le manque de reconnaissance : peu de dirigeants sont capables de reconnaître la valeur de leurs collaborateurs.
– Les conflits de valeurs : être obligé de vendre un produit que l’on n’apprécie pas peut être minant.
– Les relations interpersonnelles : avec la hiérarchie, les collaborateurs, mais aussi avec les clients ou les usagers, de plus en plus exigeants, agressifs, voire violents.
– Les messages implicites, comme « Partir tard le soir est une preuve de motivation », qui sont admis sans que personne ne les remette en cause.

Source : psychologies.com

commentaires

commentaires